30 août 2005
"C'est remarquable une femme cultivée. Carrément jouissif"
Ces quelques mots reçus par mail m'ont fait réagir :
"Une femme cultivée" Merci. C'est un beau compliment, je l'accepte même si une part de moi-même a bien du mal à le croire. Tout dépend évidement à qui on se compare... Je me suis toujours considérée comme étant plutôt curieuse que cultivée. Je butine tous les sujets et j'utilise mes qualités d'ex-documentaliste pour combler les lacunes, mais je ne connais aucun domaine de façon précise.
Je suis issue d'un milieu rural, ouvrier/employé, modeste, où la culture était, et reste un luxe plutôt qu’une nécessité. Où une encyclopédie en plusieurs volume s'achetait à crédit au prix de grands sacrifices. Grâce à des parents adorables, j'ai eu la chance de faire des études mais il subsiste forcément des traces de ces origines.
Célibataire, depuis 4 ans (intermittente, pas nonne ! ), et de surcroît sans enfant, j'ai plus de temps libre pour lire, écrire, aller voir des expos, m'investir dans une vie associative etc. J'avouerais d'ailleurs que le plus souvent j'ai l'impression d'utiliser ces moments bien peu productivement...
Du temps, j’en ai particulièrement plus que les femmes de mon age qui ont des enfants en bas age. Dans mon entourage où beaucoup de papas jouent un rôle actif, plusieurs de mes amies semblent pourtant assumer une charge de travaux domestiques plus conséquente que leurs conjoints...
"C'est remarquable une femme cultivée. Carrément jouissif"
Alors ce qui m'interpelle dans ce compliment, c'est la juxtaposition des mots : "remarquable chez une femme" qui de prime abord a pour moi un petit goût de "peu courant chez une femme"...
Là, mon féminisme naturel, et j'avoue mon manque de recul sur ces questions, charge illico le bazooka virtuel, et se place en position de tir...
La nouvelle Kouignaman, celle qui a 34 ans, celle qui tente la psychothérapie pour sortir de ses vieux schémas qui l’empêche d’avancer, celle qui tente de réfléchir avant de dégainer, celle qui laisse le bénéfice du doute et un droit de réponse, celle qui essaie de comprendre pourquoi elle part toujours au combat, pourquoi elle monte toujours sur ses grands chevaux, pourquoi elle se sent toujours opprimée etc...
Et bien maintenant plutôt que de dégainer, elle se demande si cette phrase exprimait cette limite en parlant des humains en général, ou juste des femmes...
Si cette phrase exprimait simplement en souriant que la stimulation intellectuelle était agréable et entraînait une stimulation d'ordre charnel suggeré par l'emploi du mot "jouissif" :-) Que vraiment je suis insupportable d'y voir autre chose qu'un compliment...
Alors, jouissif une femme cultivée ?
Oui peut-être en temps que maîtresse, mais pour beaucoup d'hommes apparemment pas en temps que compagne...
Car force est de constater qu'une femme cadre* sur 5 est célibataire. C'est totalement l'inverse pour les hommes, plus il est diplômé plus il est en couple, seulement 1 célibataire sur 10 chez les chefs d'entreprise... On peut en tirer bien des conclusions...
Je le reconnais, nœud au fond de la gorge en écrivant cela. Amertume, frustration ? Ou simple peur d'être toujours seule sans cette personne particulière avec laquelle partager idées, projets, tendresse et plus ces prochaines années ?
Je ne sais pas. Aujourd'hui pourtant j’accepte mieux de vivre seule et j'ai envie de le faire aussi sereinement que possible. Je préfère cela plutôt que de combler en mettant n’importe quel homme à cette place de ce compagnon de route avec lequel j'aimerais cheminer.
Alors je baisse les armes et je demande franchement :
Pensez-vous réellement que la plupart des femmes sont frivoles et/ou terre-à-terre ?
Parce que pour ma part, j'ai l'impression de rencontrer plus ou moins autant d'hommes que de femmes avec un niveau de culture au ras des pâquerettes. Pour caricaturer, des types qui ne s'intéressent qu'au football et/ou à la mécanique et des femmes dont l’œil ne s'illumine qu'en parlant de fringues et/ou des progrès du petit dernier.
Enfin, il me semble rencontrer un nombre égal d’hommes et de femmes cultivés, interessés par une multitude de sujets, ceux la essaient de s'ouvrir sur l'extérieur, ont envie de partager, de débattre, de construire un monde plus ouvert. Les blogs m'ont d'ailleurs permis de découvrir beaucoup d'hommes et de femmes comme ça.
L'écriture et les échanges développés grâce aux blogs m'apporte un équilibre, par des contacts hors du commun, hors des sentiers battus comme le dit si bien Fennelin que j'ai rencontré dimanche autour d'un film et d'une énorme coupe de sorbets ou encore Entropie, le sociopathe mangeur de pâtes au fromage :-)
Et puis tous ces mails, ces commentaires interposés, ces conseils de lecture, de musique, cette motivation intellectuelle qui provoque et titille ma paresse naturelle, ces heures de conversations échangées avec des hommes et des femmes qui se reconnaîtront sans que je les mentionne, dont l'auteur de la fameuse phrase.
Là, maintenant si vous êtes parvenus à lire mes nombreuses vrilles jusqu'au bout et à y trouver une certaine cohérence, je vous embrasse et vous remercie.
* Je pars du postulat qu'une femme ou un homme cadre a plus de chance d'avoir atteint un certain niveau de culture, ce n'est pas évidemment pas toujours le cas !
14:10 Publié dans Le cerveau qui démange | Lien permanent | Commentaires (25) | Envoyer cette note

















